Focus sur la vie des retraités algériens en France

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Dans un rapport finalisé, il y a quelques jours, l’association “Algériens dDes Deux Rives et leurs Amis” ADDRA, attire l’attention des pouvoirs publics algériens sur la situations des personnes âgées et retraités algériens, en France.

Selon le rapport, en question, la majorité des retraités touchés par cette enquête vivent dans l’hexagone depuis le début des années 50.

Actuellement en retraite, ces algériens sont contraints de rester en France pour s’assurer, le prolongement de la durée de séjour dans ce pays, car s’absenter plus de six mois, leur est fatal.

Ces personnes qui ont passée une vie décousue, loin de leurs pays, et de leurs familles, ont été cette main d’oeuvre considérée comme quantité négligeable.

Cette vérité est illustrée par les lieux de leurs hébergements, dans les banlieues, et dans les foyers des travailleurs migrants.

D’ailleurs un nombre importants de migrants maghrébins, dont une grande partie sont des algériens ont été logés entre 1950 et 1970, dans des foyers réalisé par la Société nationale de construction de logements pour les travailleurs (Sonacotra), un organisme aujourd’hui appelé Adoma. Il s’agit de très petites chambres individuelles, avec des espaces communs comme la cuisine et les sanitaires. Mais ce qui devait être un

logement temporaire est devenu « leur chez-soi ». Certains ont passé toute leur vie dans la même chambre.

19 % de ces foyers sont occupés par les personnes âgées, ces lieux de vie devenus aujourd’hui inadaptés à leur âge.

La majorité de ces  Algériens sont éparpillés dans des hôtels sociaux, foyers, chambres minuscules.

Ces “vieux” se sont sacrifiés pour leur famille ici et là-bas : enfants, familles élargies, villages, etc. De leur vie de travailleur en France, ils n’ont récolté que le plaisir d’une mission accomplie au prix de la perte de leur santé (pathologies souvent lourdes liées aux accidents de travail, dépressions et problèmes psychologiques, respiratoires, cardiaques…). Après des années de surexploitation dans les mines, la sidérurgie, le textile, le BTP, ils doivent faire face aujourd’hui au vieillissement et les conséquences en sont dramatiques : leur espérance de vie a grandement diminuée.

Absence d’une réelle prise en charge

Un nombre important de ces algériens, vivant dans des conditions à la limite de la précarité, ne sollicite pas les services sociaux et sanitaires, considérés comme des droits dans le régime français des retraites.

Ces mêmes personnes ne font pas appel, aux services à domicile, souffrantes  d’un vieillissement physiologique et de dépression liés aux conditions de travail, de vie et conséquence de la période d’activité salariée.

L’enquête diligentée par l’ADDRA, révèle en ce sens, que des personnes ont été atteintes de pathologies, d’infections respiratoires et carences alimentaires, liées aux conditions leur hébergement, et de leur nutrition.

Pour les malades chroniques, comme les diabétiques, les choses ne se présentent pas dans de meilleurs auspices, compte tenu de la qualité de leur prise en charge.

D’autre part, il faut noter que les retraités algériens boudent les maisons de retraite, où ils se sentent dépaysés,et font le forcing pour rester  surtout près de leurs amis.

Mais l’absence de volonté d’intégrer les maisons de retraite peut également s’expliquer par: le coût de ces structures, prohibitif au regard de leurs faibles ressources ; la réticence des intéressés à être pris en charge par l’aide sociale de la ville, qui suppose parfois une obligation alimentaire dont ils ne veulent pas ; le manque d’adaptation des structures existantes à leur mode de vie. On observe en effet un décalage entre les dispositifs de droit commun destinés aux personnes âgées et les caractéristiques culturelles des populations issues de l’immigration.

Elles ne participent pas non plus à la vie locale et échappent aux campagnes de prévention. Les permanences sociales sont nombreuses à nous faire part de leur sentiment d’isolement et de leur besoin d’écoute. La vie de ces personnes est fréquemment faite d’allers et retours au pays. Mais ils ne sont ni d’ici, ni de là-bas et, à force de vivre dans les foyers, ils ne peuvent plus s’en détacher. Même mariés ou vivant en foyer de travailleurs, certains se trouvent dans un extrême isolement socio-affectif, loin de la famille, sans qu’une réelle solidarité intergénérationnelle se manifeste en France. La plupart du temps sans leur conjoint et sans leurs enfants, ils ont la nostalgie du pays quand ils sont en France, et la nostalgie de la France quand ils sont au pays.

Discrimination entre un retraité français et un retraité algérien

En dépit des multiples accords et conventions signés entre l’Algérie et la France, le retraité algérien demeure lésé par rapport au retraité français. Le rapport de l’ADDRA s’interroge,  pourquoi un retraité contribuable de nationalité française peut décider de résider en Algérie tout en bénéficiant d’avantages fiscaux et de sa couverture tandis que le retraité contribuable de nationalité Algérienne n’a pas le droit  de quitter le territoire français plus de 183 jours sous peine de perdre sa couverture sociale ?

En ce sens, l’ADDRA appelle  le gouvernement algérien conforment à l’article 24 la Constitution qui consacre à la sécurité et la protection de tout citoyen Algérien à l’étranger, à prendre les mesures nécessaires, pour garantir le droit des algériens.

Dans le même cadre, l’ADDRA, appelle à intégrer les retraités algériens, dans la nouvelle carte VITAL,mise en place depuis le début de l’année 2014, relevant du Ministère français des affaires sociales, conformément aux conventions entre les deux pays, sachant que les retraités français peuvent s’affilier à la CNAS

L’ADDRA appelle aussi les pouvoirs publics algériens à prendre les mesures nécessaires au niveau du ministère français des finances, pour étendre les retraités algériens de France à l’accord bilatéral sur la double imposition. L’article 18 de la convention bilatérale permet de bénéficier des mêmes avantages fiscaux et surtout de subordonner à l’obligation aux retraités Algériens de France de ne pas dépasser les 183 jours hors de France !

Sur ce registre, nos retraités algériens ont travaillé, cotisé, et ont été imposés en France comme les citoyens français. Ils ont aussi contribué par le transfert de devises assidu au soutien familial ayant ainsi permis le développement de leur nation d’origine surtout pendant la décennie noire. Ils ont construit pendant des décennies leur résidence secondaire afin qu’elle devienne principale à leur retraite, se retrouvent discriminés une fois de plus en fin de vie.

Il devient urgent pour nos aînés, au vu de leurs âges et leurs faiblesses, de bénéficier d’une retraite digne, tout en sauvegardant la couverture sociale dans leur pays d’origine, mais surtout avec une même équité que leur homologues contribuables français désirant vivre en Algérie.