M. Chakib Khelil à Algerieactu: “Trump apprécie le rôle de l’Algérie dans la région”

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Dans un entretien qu’il a accordé à Algérieactu, M.Chakib Khelil, l’ancien ministre algérien de l’énergie revient sur certaines questions , qui intéressent de plus près l’actualité algérienne, comme les mutations socio-économiques que connaît l’Algérie,les derniers développements du marché énergétiques, les conflits de la région et l’élection de M.Donald Trump

Algérieactu: Tout d’abord, quelle analyse , faites-vous sur le marché pétrolier actuellement, après la réunion d’Alger, et la réunion de Vienne ?

Chakib Khelil: La discipline des pays membres et non membres de l’OPEP est a un très haut niveau aujourd’hui suite aux décisions prises à Alger et Vienne.

Mais étant donné les demandes saisonnières basses au premier et deuxième trimestre de cette année  et le niveau encore élevé des stocks de pétrole à travers le monde, l’équilibre entre l’offre et la demande ne sera atteint qu’au troisième trimestre 2017.

A ce moment-la le prix du pétrole devrait avoisiner les 60 dollars le baril Brent et atteindre une moyenne de 54 dollars le baril Brent sur l’année  2017.

Les prix actuels avoisinant 55 dollars le baril Brent encourage la production moyenne de 600 mille barils par jour de pétrole de schiste américain cette année.

Si l’OPEP et les pays non membres décident de renouveler l’accord de Vienne jusqu’à la fin de l’année , la production moyenne de pétrole de schiste américain sera supérieure à 600 mille barils par jour.

Il n’est pas clair toutefois jusqu’à quelle niveau de production le pétrole de schiste américain pourrait arriver en fonction de l’augmentation du prix de pétrole.

Le Président Trump pourrait imposer dans les prochains mois une taxe sur l’importation de pétrole. Cette taxe aura deux effets : l’un sera d’encourager le pétrole de schiste américain qui doit être exporté et qui concurrencera le pétrole algérien, Nigerien et Libyen.

L’autre effet sera de pénaliser l’importation de pétrole Saoudien et Vénézuélien qui sont utilisés dans les raffineries américaines. En tout, ces deux effets seront des facteurs baissiers sur les prix à moyen terme.

Le Président Trump pourrait aussi appliquer de nouvelles sanctions sur l’Iran dans les prochains mois. Ces sanctions pourraient diminuer la production Iranienne et avoir un effet d’augmentation des prix du pétrole sur le marché.

Il ne faut pas toutefois oublier que la demande mondiale de pétrole augmente entre 1 million et 1,5 millions de barils par jour chaque année. Cette augmentation permettra de raffermir les prix en cas de baisse mais aussi de renforcer leur augmentation en cas de relèvement des prix.

Algerieactu: Nous avons suivi avec intérêt votre approche sur les mécanismes de mutations économiques , que le pays est censé suivre, quelles sont les mesures à prendre dans le court terme , a votre avis ?

Chakib Khelil: J’en parle dans les détails sur ma vidéo sur ma page facebook  et que j’ai presente dans ma conférence à Oran.

Ici je ne résume que l’une des grandes questions .

Il est clair que le grand réservoir de gains en efficacité se trouvent dans les ressources humaines au sein de l’Etat, les Collectivités Locales, l’administration et les sociétés publiques.

En particulier nous devrions pouvoir mesurer leur efficacité en fonction des objectifs clairs comme par exemple l’augmentation de l’investissement dans le pays, du nombre d’emploi et du pouvoir d’achat des ménages.

Ceci ne peut être atteint qu’en améliorant l’efficacité de la gestion, la coordination et la supervision de l’administration. Un grand plus serait de numériser complètement l’administration au plus vite.

Dans un rapport récent de la Banque Mondiale de 2017, il y a 8 facteurs qui dépendent de l’État et de son administration et qui pourraient être améliorés pour attirer plus d’investissements comme par exemple  le démarrage d’opérations d’investissements, les permis de construction, l’électricité, la supervision  des contrats avec les partenaires, les paiements des impôts, les opérations d’exportation , l’obtention de crédit et l’enregistrement de la propriété . Je résume ces  points dans ma vidéo disponible sur ma page facebook pour ceux que cela intéresse.

Algerieactu: Tout récemment, les Marocains ont annoncé le lancement de plusieurs projets avec le Nigeria, est-ce une manière de mettre fin à la coopération stratégique avec l’Algérie, notamment dans le domaine énergétique?.

Chakib Khelil: Pour le gazoduc Nigeria-Algérie (NIGAL), il y  avait déjà un accord entre les deux gouvernements, les sociétés des trois pays concernés (le Nigeria, le Niger et l’Algérie) ainsi qu’avec l’Union Européenne qui le considérait comme un projet stratégique.

C’était aussi un projet important pour le Nigeria car il aurait fourni du gaz pour la production d’électricité, des engrais et d’autres industries dans une région musulmane pauvre au nord de ce pays. Donc il aurait été un facteur de stabilité pour la région.

Dans un contexte de marché international actuel du gaz ou le gaz de schiste américain devient un concurrent impitoyable pour les unités nouvelles de liquéfaction de gaz  a travers le monde , l’alternative d’exportation par gazoduc  du Nigeria vers l’Algérie devrait être revue à la lumière des derniers développements de notre marché interne du gaz ,le développement du grand gazoduc du sud ouest qui va drainer plusieurs gisements dans cette région de notre pays ainsi que les besoins de l’Union européenne à travers le Medgaz existant et le future  GALSI qui devait relier l’Algérie à la Sardaigne et l’Italie .

C’est un projet qui peut être réalisé plus facilement et plus rapidement que le projet de gazoduc qui longeait la côte de l’Afrique de l’Ouest.

Algerieactu: Selon certaines déductions les conflits qui se déroulent actuellement en Irak, Syrie, le Yémen, et même au Sahel, sont liés au maintien des ressources énergétiques entre les mains de certains Etats, qu’en pensez- vous ?

Chakib Khelil:  En effet en analysant les réserves existantes dans ces pays et la nationalité des sociétés qui les exploitent, on pourrait en déduire cela. En Irak ce sont les sociétés américaines, anglaises et russes alors qu’en Syrie ce sont des sociétés anglo-hollandaises et au Yémen ce sont des sociétés françaises. Au Sahel ce sont plutôt des sociétés chinoises et italiennes. A part les réserves de l’Irak, les autres pays n’ont pas de réserves importantes pour justifier une telle déduction.

Algérieactu: Pensez-vous que l’élection de Donald Trump, constitue un avantage pour l’Algérie par rapport a ses voisins, en matière de renforcement de coopération sur certains dossiers ?

Chakib Khelil: Donald Trump a dit qu’il souhaiterait coopérer avec la Russie sur le dossier de Daech. Il me  semble qu’il souhaiterait la même chose avec l’Algérie dans laquelle il voit un pays qui pourrait assurer la stabilité de la région. En particulier le rôle de l’Algérie comme facilitateur d’une solution politique en Libye sera apprécié par l’administration Trump et il me semble que cela n’exclut pas aussi une  coopération avec la Russie dans ce pays.